Rachmaninov: Concerto pour piano no
3,
Andante de la Sonate pour violoncelle et piano (transcription A.
Volodos), Sérénade en si bémol mineur op. 3 n°5
Romance en fa mineur op. 10 n°6, Prélude en fa mineur
Arcadi Volodos, piano, Orchestre Philarmonique de
Berlin, James Levine
Sony SK64384 (61.min 2.s)



En 1923, Rachmaninoff révélait lors d'un entretien pour le magazine The Etude.: « Je crois en ce qu'on pourrait appeler la musique naturelle du piano Même en ce qui concerne mes propres concertos, je préfère de beaucoup le Troisième parce que le Deuxième est si incommode à interpréter. » De ce concerto, il disait aussi.: « Je voulais chanter la mélodie sur le piano, tout comme un chanteur la chanterait. »
Faire prédominer le chant et rendre à l'ensemble son naturel, c'est bien sous cet angle que Volodos se révèle le plus convaincant. Cette version du Troisième Concerto est peut-être la seule que l'on puisse réécouter en boucle sans éprouver de fatigue tant elle a été polie, arrondie et donc plus proche de la voix et de l'humain. Ce plaisir retrouvé des sons pleins et chaleureux prend volontiers sa place à côté du démoniaque d'Horowitz (pourtant seule version à donner des frissons dans le dos), du mystique intériorisé d'Ashkenazy avec le Concertgebouw ou de la virtuosité flamboyante d'Earl Wild (version avec coupures, cependant). Le toucher de Volodos et sa manière deýfaire chanter l'instrument en allégeant l'accompagnement surpasse sur ce point l'ensemble des autres versions. Cette optique est pourtant perfectible, ne serait-ce qu'en optant pour la cadence en arpèges dans le premier mouvement, plus fluide et plus légère que la cadence en accords dont l'écriture est certainement étouffante et trop binaire. La réussite de ce disque tient aussi à l'accompagnement de James Levine, dont la vision rejoint celle de Volodos, en soulignant distinctement les chants et les contre-chants aux différents pupitres. La rondeur sonore de la Philarmonie de Berlin délivre la touche finale. Ce culte du chant se poursuit dans les pièces pour piano seul qui complètent ce programme. Avec la transcription de l'Andante de la Sonate pour violoncelle et piano, Volodos réussit à nous faire oublier que le piano est un instrument à percussion.
Stéphane Villemin
Published in Vol. 6 No. 5 of La Scena Musicale
Publié dans le Vol. 6 No. 5 de La Scena Musicale