Les Duos de Pianos

(extraits du livre Les Grands Pianistes)


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Si du côté des interprètes, le duo de pianos n’a été longtemps qu’un moyen de jouer des réductions d’orchestre, des arrangements et autres divertissements de salon, il y a toujours eu des compositeurs pour déceler en cette combinaison d’instruments une nouvelle manière d’écrire la musique. Bien évidemment, la majorité d’entre eux ont utilisé le duo de piano afin de mieux répandre dans les foyers leurs symphonies, leurs opéras, ou quelques pièces légères à des fins alimentaires (car le sérieux ne nourrit pas, c’est bien connu!). Nonobstant, nombre de compositeurs, de Pergolèse à Boulez, se sont penchés sur le nouvel instrument, s’en sont inspirés pour créer des oeuvres originelles à son intention. Car l’union de ces deux claviers, lorsqu’ils sont assemblés tête-bêche, crée bel et bien un nouvel instrument dont les sons et les vibrations émergent comme d’un seul ventre. Cette curiosité avait attiré l’attention de Pleyel qui dans les années vingt fabriqua le double piano dont un des rares exemplaires est actuellement possédé par le duo Nettle-Markham. Cependant, l’ingénieux instrument ne connut pas le succès escompté. Pleyel avait sous estimé le fait que deux pianos étaient plus commodes à transporter qu’un double piano version de concert. Et puis la suprématie des pianos allemands allait rapidement reléguer le double piano comme pièce de musée. L’art du deux-pianos ne peut être rattaché à la musique de chambre dans son acception courante, dans la mesure où les deux interprètes jouent par conséquent sur le même instrument. Enfin, il faut rendre hommage à la langue anglaise qui différencie les “duos” et les “duets”. Les premiers jouent du deux-pianos alors que les seconds jouent à quatre-mains, ce qui est encore un autre monde. Jouer à deux sur un même piano impose une discipline différente: le partage d’un espace réduit entre les deux interprètes est forcément plus contraignant, (“étriqué” disent les duos), et un seul piano ne peut reproduire, même avec quatre mains, toute la puissance et la richesse sonore quasi orchestrale de deux pianos. Quant au style Biedermeyer et intimiste des pièces pour quatre mains, il est fort éloigné de l’écriture orchestrale des compositions pour deux pianos. Cela étant, les vrais duos de pianistes, nous entendons par-là, ceux qui ont fait carrière en tant que tels, n’ont émergé qu’entre les deux guerres. Evidemment, il y a toujours eu des duos plus ou moins occasionnels dont la rencontre a quelquefois donné lieu à des miracles du genre. Camille Saint-Saëns, grand défenseur de Mozart excellait avec Raoul Pugno dans le Concerto KV 365. Jacques Février a immortalisé le Concerto en ré mineur de Francis Poulenc en duo avec le maître. Il y a eu aussi l’intarissable Jean Wiéner qui, avec Clément Doucet, faisaient des prouesses d’éclectisme entre Mozart, Gershwin et autres Fox-Trot improvisés. Ils auraient donné plus de deux mille concerts en duo entre 1922 et 1939! Parmi les couples, Robert et Gaby Casadesus, ainsi que Josef et Rosina Lhévinne ont souvent flirté avec la musique pour deux pianos. Il y a eu aussi des duos secrets, comme Dinu Lipatti et Clara Haskil qui ont joué des pans entiers du répertoire pour deux pianos, mais qui ne se sont produits qu’une seule fois en public. Parmi les professionnels du genre ayant en quelque sorte inventé la carrière, il faut compter avec une demi-douzaine de duos dont les débuts s’étalent entre les années vingt et les années cinquante. A partir de 1928, le duo anglais Ethel Bartlett-Rae Robertson se lançait dans une aventure qui allait les amener à jouer dans toute l’Europe et dans les deux Amériques. 1937 fut un excellent millésime pour les duos russes. Cette année là, les soeurs Turkina firent leur début alors qu’elles étaient encore étudiantes au Conservatoire de Moscou. Et à New York, deux autres duos ayant fui le régime communiste étaient portés sur les fonts baptismaux: les duos Luboshutz-Nemanoff et Vronsky-Babin voyaient le jour. En Angleterre, le duo Phyllis Sellick-Cyril Smith avait déjà une belle renommée lorsque Smith perdit malheureusement l’usage de sa main gauche pendant la deuxième guerre mondiale. Le duo Bruk et Taimanov débuta en 1944 à Tachkent où le Conservatoire de Leningrad s’était exilé. Le 8 mai 1945 à Bruxelles, les Reding-Piette fêtèrent la fin du conflit et le succès de leur premier concert. Enfin, dix ans après, les frères Kontarsky voyaient leur duo récompensé par le premier prix du Concours International de la Radio Bavaroise et se lancèrent eux aussi dans la carrière. (...)

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Copyright: Stéphane Villemin